lundi 31 octobre 2011

Urusei Yatsura : Beautiful Dreamer, un rêve sans fin



Début d'une nouvelle catégorie sur ce blog, la vidéothèque idéale, afin d'avoir un prétexte pour pouvoir revenir sur quelques grands classiques de l'animation japonaise parmi les plus célèbres comme les plus méconnus.

Les étudiants du lycée Tomobiki se préparent depuis plusieurs jours pour la fête de l'école, et arrivés à la veille de son ouverture leurs efforts semblent enfin tirer sur leurs fins - à moins que, coincés dans une boucle temporelle improbable, ils ne soient condamnés à répéter, sans fin, ce dernier jour de préparation avant la fête. Lum, Ataru et tous leurs camarades se lancent dans une enquête ayant pour but de comprendre l'origine du problème, mais tout d'abord ils devront mettre à l'épreuve ce qu'ils croyaient savoir sur la nature de la réalité et sur la très mince frontière qui sépare celle-ci du monde des rêves...

Sorti au cinéma la même année que deux autres classiques absolus de l'animation japonaise - Nausicaa et Macross - Do you remember love -, la renommée de ce second film de Urusei Yatsura / Lamu a eu tendance à s'estomper au fil de ces dernières années en comparaison de ces deux autres très grands classiques. Il y a plusieurs raisons à ça, qui sont autant de prérequis pour bien comprendre le film :

- Comme souvent avec Urusei Yatsura, une bonne connaissance du folklore nippon est demandé pour profiter pleinement de l'histoire; ici, il faut connaitre au minimum l'histoire de Urashima Tarô, sous peine de ne pas comprendre pourquoi Tomobiki voyage à dos de tortue;

- Connaitre un minimum l'univers et les personnages de UY, et là faute de quoi la sanction sera encore plus violente car l'un des premiers gags du film (Kakugari déguisé en Onsen Mark) tombera complètement à plat;

- Enfin et surtout, les spécialistes de la filmographie Oshienne ont parfois tendance à traiter ce film à part, séparément du reste du travail du réalisateur sur Urusei Yatsura. Certes, Only You était un parfait exemple de film de commande où son style est dilué dans l'univers fantasmagorique, fruit du téléscopage entre SF et mythologie nippone, typique du manga original de Rumiko Takahashi, et pour faire produire ce Beautiful Deamer plus personnel il dû ruser (une parti du script fût ainsi complété au dernier moment afin de minimiser les chances de le voir rejeté en réunion de suivi de production).

C'est méconnaitre le travail de Mamoru Oshii sur les 106 premiers épisodes de la série télévisée de Urusei Yatsura, et à plusieurs moments cette dernière préfigure déjà Beautiful Dreamer.

Citons ainsi les épisodes 20 et 21, où on retrouve déjà ce même thème du rêve - dans le premier cas via deux fées qui endorment le reste de la classe, dans le second avec un démon des rêves nés du crâne épais d'Ataru -; dans l'épisode 53, où un raccourci à travers  la quatrième dimension conduit Ataru à traverser une drôle de cité et un cimetierre animé pour atteindre son but, un établissement de bains pour une clientèle extraterrestre - un conseil, si vous ne deviez voir qu'un seul épisode de la série, choisissez celui-là, il est parfaitement représentatif des sommets de bizarrerie et de mélange comique entre genres que la série peut atteindre; ou, encore plus représentatif des thèmes habituels d'Oshii sur la nature de la réalité, l'épisode 78, centré selon les voeux de ce dernier sur un personnage habituellement négligé car trop normal au regard de l'univers loufoque de Lum : la mère d'Ataru, qui, après être tombée inconsciente, subi plusieurs cauchemars où elle se retrouve confrontée à d'autres versions d'elle-même.

Beautiful Dreamer est loin d'être un cas à part du reste de son travail sur la franchise Urusei Yatsura et Oshii mettait déjà en scène, avant ce film, ce même mélange d'atmosphère onirique, de questionnement sur la nature de la réalité et autres papillons rêvant qu'ils sont des philosophes chinois, tous ces thèmes qui sont un peu sa marque de fabrique. La spécificité de Beautiful Dreamer, c'est d'avoir été l'un des premiers films d'animation commerciale japonaise à proposer ce genre de thèmes, pavant ainsi la voie plus tard à d'autres chef-d'oeuvres du même réalisateur - Tenshi no tamago, Patlabor 2 et Ghost in the Shell - et permettant aussi d'affirmer l'existence, de Satoshi Kon à Hideaki Anno ou Masaaki Yuasa, d'une animation d'auteur, au-delà du ghetto des courts métrages diffusés uniquement en festival et en co-existence plus ou moins précaire avec les nécessités d'une exploitation commerciale.



4 commentaires:

  1. J'ai apprécié ce film, mais contrairement à toi je ne l'ai jamais trouvé exceptionnel en tant que tel. Je me le referai peut-être un de ces jours.

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  2. Cela fait des années que je souhaite les visionner.
    Concrètement, tu me conseilles d'aller jusqu'où dans la série pour pouvoir les apprécier pleinement ? (Je n'aime pas regarder des épisodes séparément.)

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  3. UY est une série plutôt difficile à conseiller à un public moderne car toute la première "saison" (grosso modo, les 26 premiers épisodes) a archi mal vieilli mais reste malgré tout un passage obligé pour l'introduction des principaux protagonistes (Sakura, les stormtroopers de Lum, Mendo dans l'épisode 11, etc) - et surtout ça reste un humour très gamin, la cible démographique restant clairement les jeunes lecteurs du Shônen Sunday. Il faut attendre la saison suivante pour commencer à voir arriver les petites perles d'humour absurde, par exemple avec les épisodes 22 (un miai très SF imposé à Lum par ses parents) ou le 32 (visite à la bibli piloté par la Wendy de Peter Pan). La série monte lentement en puissance, et même à son meilleur (à partir du 50 jusqu'à la période qui suit le départ de Oshii) elle reste très inconstante, un bon épisode peut très bien être suivis d'un mauvais; la tendance actuelle chez les fans qui ne suivraient pas les grandes adaptations de shônen est plutôt à consommer des séries courtes de 26 épisodes max et rien qu'à ce titre se lancer dans UY peut sembler une gageure, c'est un test d'endurance pour celui ou celle qui voudrait découvrir ce grand classique.

    Une alternative valable à la série TV reste le premier film de Oshii, Only You, absolument pas representatif de son style habituel (ce qui était bien le problème de son point de vue) mais particulièrement bien calé sur les délires les plus caractéristiques de l'oeuvre originale de Takahashi. Le film est fun à voir, et en plus la majorité des protagonistes principaux ont un petit rôle.

    Si tu veux voir quelque chose animé de manière un peu plus moderne, tu as l'épisode de 2008 du Rumic World qui cerise sur le gateau était dessiné par Dokite.

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  4. Très très beau film, très poétique, surtout quand, de l'avion, on voit que la ville de Tomobiki repose sur une tortue volante... l'animation a mal vieilli, c'est vrai, alors à quand une sortie en Blu-Ray?

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