jeudi 2 décembre 2010

The High House & The False House [James Stoddard]

 Illustration © Raphaël Lacoste

The High House (1998) et sa séquelle immédiate, The False House (2000) étaient embusqués sur ma pile de lecture depuis maintenant quelques années. Une petite dizaine, pour être plus précis, ce qui devrait me permettre au passage d'établir un nouvel high-score personnel en matière de procrastination, catégorie littérature (s'il fallait étendre aux séries, Gasaraki devrait logiquement pouvoir l'emporter haut la main), et ce au nom de je ne sais quelles appréhensions liées au goût douteux de la couverture, ou bien le pitch assez peu original de l'oeuvre.
Ceci dit, j'avais raison.
Mais ça n'a pas empéché la duologie de James Stoddard d'être particulièrement plaisante à lire.

A l'heure actuelle, il s'agit des seuls romans écrits par l'auteur, lequel semble avant tout confiné aux nouvelles et autres histoires courtes. Il s'agit aussi et surtout d'une déclaration d'amour à toute un pan de littérature, celle de la fantasy tendance pré-Tolkieniste.

Premier indice : The High House débute rien de moins que par une dédidace à la mémoire de Lin Carter; rappelons que l'américain, s'il a été un écrivain prolifique, est peut aussi -être et surtout mémorable pour son travail en tant qu'éditeur et essayiste. En effet, ce proche de Sprague de Camp va aussi oeuvrer une bonne partie de sa vie pour structurer et mettre en valeur les travaux des écrivains des générations qui l'ont immédiatement précédé : Edgar Rice Burroughs, Robert E. Howard, Lovecraft, Clark Ashton Smith, Lord Dunsany, James Cabell, Mervyn Peake... En particulier, sa collection Ballantine Adult Fantasy, débutée à partir de la fin des années 60, est souvent mentionnée comme ayant contribuer à faire connaitre au public des histoires difficilement trouvables car éditées jusqu'alors uniquement en magazines pulp.

The High House conte l'histoire d'Evenmere, en apparence une simple demeure campagnarde d'une époque floue mais qu'on imagine facilement, au style du roman, comme appartenant à l'époque Victorienne. En réalité, elle contient sous son toit l'ensemble de la création. Des royaumes se divisent ses chambres à coucher et ses débarras, arpenter ces couloirs peut prendre plusieurs vies, et tandis que les tours de la demeure montent jusqu'aux nuages, Jormungand occupe le grenier où il dévore les pauvres âmes ayant l'impudence de venir lui poser une question de trop.

Evenmere est le reflet de l'univers, chargée de faire tourner la boutique céleste pendant que son divin créateur est parti flanner le long des sentiers métaphysiques pour quelques millénaires.

Aussi curieux que celà puisse paraitre, une telle demeure se révèle plus fragile que prévu. Elle a besoin d'un maitre pour préserver son équilibre des forces de l'entropie souhaitant réduire la Création à néant. Et parmi leurs agents, on trouve au tout premier rang la société des Anarchistes. Présentés de prime abord comme des brutes, aggrégés sous le commandement d'un mystérieux Bobby, leur portrait devient plus subtile dans le second roman, où certains d'entre eux sont présentés comme nourris d'idéaux humanistes, souhaite éradiquer le malheur et la guerre, et rendre à l'humanité le contrôle de son destin. Mais James Stoddard connait trop bien le genre qu'il est en train de pasticher pour les présenter autrement que comme des doux-dingues incapables de mesurer les conséquences de leurs actes.

En parlant de pastiche; parmi les principaux romans venant à l'esprit à la lecture de The High House, on peux penser notamment à The man who was thursday de Chesterton (la société des anarchistes en lutte contre la Création, le policeman-anar), Gormenghast (la demeure-univers), et plus récemment Little, Big de John Crowley (Evenmere, bien plus vaste à l'intérieur qu'à l'extérieur). Narnia, aussi, évidemment, pour le réac assumé. D'autres références parsèment le texte, et des amateurs se sont amusés à les cataloguer... un défi intérressant à relever.

Au final, et sans parler de chef-d'oeuvres, je ne peux qu'avouer avoir apprécié ces deux livres. Les intrigues sont peut-être un peu trop simples, en mode pilotage automatique, mais la langue est claire et adaptée au thème, parsemé de ce goût de l'aventure enfantin qui consiste à partir explorer la mystérieuse demeure familiale le temps d'un week-end.
Deux de mes obsessions étant présentes - le méta, mais aussi la mégastructure qu'est Evenmere -, ils étaient de toute façon immanquables à mes yeux.
Une lecture agréable pour tout amateur de fantasy non-Tolkieniste, sinon.

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