jeudi 3 janvier 2013

En attendant THE UNLIMITED : Ghost Sweeper Mikami Gokuraku Daisakusen !!

Avec le début de The Unlimited - Hyôbu Kyôsuke la série spin-off de Zettai Karen Children qui se profile à l'horizon le week-end prochain (vivement !), le moment n'était pas pire qu'un autre pour revenir brièvement en arrière et se pencher sur le précédent (et seul autre) gros succès de Takashi Shiina avec Ghost Sweeper Mikami, et plus précisément par le biais de son adaptation pour le grand écran en 1994. Diffusé conjointement dans le cadre d'un Toei Anime Special avec le troisième film de Ranma 1/2, le moyen métrage La légende du Phénix, et le film consacré aux aventures de Bow, le chien de l'ère Heisei, il vaut pourtant le coup si vous n'êtres pas allergique à un divertissement tant qu'il est de bonne facture.


Mais d'abord et puisque je vois les plus jeunes s'interroger, Ghost Sweeper Mikami, qu'est-ce que c'est ?

Les séries mettant en scène créatures et intrigues issues du surnaturel sont encore très populaires lors de la première moitié des années 90s puisqu'on trouve rien de moins, dans la catégorie des shônens à baston, que le plus gros succès du moment avec Yu Yu Hakusho, mais c'est très loin d'être le seul exemple : Jigoku Sensei Nube débute comme une grosse comédie mettant en scène les aventures de son prof dont la main a été remplacée par celle d'un démon et chargé aussi bien de repousser la faune du folklore local que de corriger les bêtises immatures de ses élèves; Ushio to Tora du très grand Kazuhiro Fujita où on peut voir l'introduction d'un soupçon de conscience écologique avec les yokais en tant que défenseurs de la nature, thème qui sera bien plus largement développé plus part dans un Blue Seed; de son côté Mamono Hunter Yohko s'attache plus spécifiquement au sous-genre de la jeune héroine en tenue sexy combattant des gros monstres répugants à coups de lame; enfin, citons aussi 3x3 Eyes, qui n'est rien de moins que l'un des premier gros succès de Megumi Hayashibara. Et un exemple précoce de série dont le succès se construit entre autre sur une héroine proto-moe, en voulant être désobligeant.

J'adore le postulat de départ de Ghost Sweeper Mikami qui veut que ça soit l'urbanisation continue du Japon qui pousse les yokai à quitter leurs repères traditionnels pour envahir les vivants, entraînant du coup la création d'une profession d'exorcistes-à-louer dédiée (les fameux Ghost Sweeper, donc) - c'est une variation amusante sur un thème inspiré de la bulle immobilière japonaise des années 80s et qui, dans le cadre de séries plus typées cyberpunk par exemple, a inspiré toutes ces magnifiques arcologies que l'on voit dans les animes de l'époque, Akira en tête, et qui étaient d'ailleurs souvent inspirés de projets réels mais restés utopiques (mais voir aussi dans le cas de Patlabor, un projet Babel déjà plus réaliste - ahem).

Influence de Rumiko Takahashi probablement (1), le petit monde peuplant l'univers de GS Mikami - et le ton très comique de leurs aventures - a des faux-airs d'Urusei Yatsura : personnages souvent stéréotypés et dotés de caractéristiques surnaturels et/ou SF, grimaces, gags visuels, personnages tombant à la renverse en cas de délire... ainsi notre héroine principal, Reiko Mikami, exorciste à la chevelure de feu, doté d'un costume moulant que n'aurait pas reniée une danseuse du Tokyo's Julianna, et pourfendant les hordes surnaturelles à l'aide de son lightsaber psychique, s'avère aussi cupide et intéressée qu'elle peut être efficace dans la chasse au fantôme, au point de ne verser que des pécadilles à son assistant et souffre-douleur attitré, le lycéen  Tadao Yokoshima (et si ce dernier peut difficilement être comparé à un Kôichi Minamoto de ZKC, on m'enlèvera pas de l'esprit qu'il y a un peu de la future Fujiko Tsubomi dans Reiko). Restent que ces deux-là sont des paragons de normalité par rapport à certains des spécimens dont ils vont peu à peu être amenés à s'entourer au fil de la série, de Karasu le prêtre catholique et ex-mentor de Reiko expulsé de l'église à cause de ses méthodes à Okinu le fantôme d'une frêle jeune fille qui se retrouve rapidement adoptée par Reiko en tant que seconde assistante de sa boite, secrétaire et fantôme-à-tout-faire, en passant par Pete le biseinen de service qui a une dent contre son vampire de papounet, le Docteur Chaos, archétype du savant fou (un alchimiste en fait... oui, il est très vieux) qui s'est même construit une gynoide de combat prénommé Maria, Meiko qui malgré ses douze shikigamis s'avère... un peu simplette, ou Emi, la femme d'action et exorciste vaudou qui a passé un pacte avec le Diable. Tout ce petit monde chasse les fantômes dans la joie et l'hystérie collective, du moins au début : à l'instar d'un ZKC qui joue plutôt sur la comédie et les gags à ses débuts avant de devenir (un tout petit peu) plus sérieux au fil des tomes, Shiina avait déjà tendance dans GS Mikami plus à jouer sur le développement de ses personnages que d'une intrigue fil rouge principale, et certains de ces personnages se révèle avoir un background plutôt tragique. Mais foin de toutes ces considérations qui ne concernent pas le film, le but de celui-ci étant de divertir en faisant défiler au passage une partie non négligeable des personnages réguliers de la série. Et là, deux réactions sont possibles.

D'une part, si je devais perdre un manga à chaque fois que le grand méchant d'un anime se révèle être Oda Nobunaga rescuscité pour semer la mort et le chaos au Japon avant de conquérir le reste du monde, j'aurais vite fait de résoudre mes problèmes de place. En effet, dans ce film, Reiko et compagnie sont engagés par le spectre de Akechi Mitsuhide pour empêcher Nobunaga de revenir à la vie; évidemment la mission capote et provoque l'effet inverse de celui escompté, et c'est un Nobunaga plus vif que jamais qui provoque une apocalypse zombie en plein Tokyo avant de se bâtir un chateau médiéval au sommet d'un gratte-ciel.

Oh, et Nobunaga est en fait Nosferatu, et son but principal semble être de faire main basse sur les réserves d'hémoglobines de la planète. Mais si mais si.



Et là, vous n'avez pas encore vu le distributeur de sang frais qu'il s'est aménagé : du pur génie.

L'autre réaction possible, c'est de reconnaître que ce moyen-métrage d'une heure est plutôt bien foutu, drôle et propose quelques scènes d'action de très bonne qualité. En effet, il se paie le luxe de proposer quelques animateurs de talent dans ses crédits.


(merci à l'utilisateur youtube Kyon Hitsugaya)

Cette fantastique scène de l'OP est réalisée par Takahiro KAGAMI qui était déjà animateur sur la série TV; s'il a débuté au sein du studio Cockpit connu pour ses travaux de sous-traitance, cet animateur doué a su trouver sa place dans l'industrie au point d'assurer deux rôles majeurs pour lesquels son travail a été reconnu lors de la décennie écoulée : d'une part sur l'anime de Death Note où il avait assuré la supervision globale de l'animation sur la série, et d'autre part sur Yugi-oh notamment au design des monstres; difficile de nommer l'ensemble de ses autres travaux notables comme chara-designer ou directeur de l'animation, étant partial, je choisis surtout de retenir plusieurs épisodes de Penguindrum, de Mushishi, une participation au film de One Piece d'Hosoda ou encore dernièrement aux OAV de Last Canvas - amusant pour un amateur de la série Saint Seiya originale. Mais quittes à parler d' adaptations animées tirées de travaux de Shiina, difficile d'ignorer l'éléphant au milieu du salon : c'est lui qui avait conçu le chara-design de Zettai Karen Children en 2008, et il avait d'ailleurs notamment dessiné les illustrations des jaquettes des DVD nippons.  

Pour en revenir au film de GS Mikami, on doit aussi au même Kagami cette scène vers la fin du film où Akechi prends possession de Tadao. Evidemment, du point de vue de Reiko le changement de personnage s'avère déconcertant !

Takaaki YAMASHITA (complice de Hosoda sur les films de Digimon ou One Piece) réalise la séquence de l'araignée blessant Reiko, prélude de la résurrection de Nobunaga.

Le talentueux Hideki HAMASU (tellement de choses, il a notamment été collaborateur régulier sur les films de Satoshi Kon) réalise le fantastique combat opposant Reiko à Ranmaru.

Mitsuru AOYAMA, déjà chara-designer et responsable de l'animation de la série TV, réalise le combat entre Reiko et Nobunaga, et la séquence post-générique. Son nom rappellera des souvenirs au fans des série de magical girl de la Toei ces dernières années comme Précure ou Dorémi, puisqu'on l'a souvent retrouvé au poste de directeur d'animation sur de nombreux épisodes.

Petit bilan final en forme de dernier mot donc : clairement pas le meilleur film de la décennie ou même de l'année 1994, indubitablement. Mais un divertissement honnête, surtout si vous appréciez l'humour un peu rétro (action/aventure/gag-manga des eighties et légère Rumiko Takahashite) des travaux de Shiina, alors vous pouvez tomber sur pire que sur ce petit film injustement oublié.

Sources utilisées : ANN, sakuga wiki.























(1) Clairement revendiqué par Shiina, d'où ce strip parodique dans le manga de ZKC :


8 commentaires:

  1. En considérant bien le fait que j'ai des goûts de merde et que j'aime beaucoup les shônens comédie/action un peu rétro ;)

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  2. Chacun a ses travers Ialda :p. Je vais tenter de lire des scans du manga. C'est une de mes résolutions de cette année, tenter de lire plus de scans (parce que la flemme sur ce support est bien grande) pour des séries assez vieilles et que je n'attends pas de voir ici :). Je ne suis pas une connaisseuse de Urusei Yatsura, mais j'adore Ranma 1/2 et l'humour rétro et absurde de Takahashi. Le pitch me plaît aussi beaucoup, bien plus que Zettai Karen Children qui se base beaucoup trop, à mon goût, sur l'enfer vécu par le héros face aux trois pestes. L'univers de Ghost Sweeper Mikami est plus proche de ce que j'apprécie également :). Tu es motivé Ialda ;).

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  3. Sommes-nous autre chose qu'une collection de nos travers ? ;p
    j'insistais sur le côté rétro de la série parce que je ne suis pas sûr que ça plaise au public d'aujourd'hui, alors qu'à titre personnel c'est un peu le contraire : plus je vieillis et plus j'ai tendance à retrouver le goût de ses mangas un peu simples des années 80/90. Ça, et les yokai, les trips surnturel et/ou occulte, etc ;p

    "bien plus que Zettai Karen Children qui se base beaucoup trop, à mon goût, sur l'enfer vécu par le héros face aux trois pestes"

    Reverse Genji monogatari ? ;p

    "Tu es motivé Ialda ;)."

    Merci :)

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  4. Salut, j'suis tombé sur ce blog justement parce que j'ai trouvé sur Nanami cet article de GS Mikami, série dont j'avais déjà vaguement entendu parler auparavant et dont j'avoue être curieux de regarder. Question : est-il nécessaire d'avoir regardé la série au préalable et être familier avec les persos pour voir ce film ou je peux plonger directement dessus sans avoir peur de faire face à des références et ainsi avoir un bon aperçu de la série?

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  5. Hello :)

    Pour répondre à ta question, dans l'absolu c'est toujours mieux de connaitre la série. Mais l'avantage de ce genre de moyen-métrage, c'est de proposer une intrigue originale qui peut se suivre en stand-alone, et la plupart des persos secondaires n'ont droit qu'à des apparitions limitées - plus pour le fan-service qu'autre chose. Ça peut même être une bonne façon de découvrir la franchise, en gardant toutefois à l'esprit pour plus tard que les deux séries phare de Shiina ont un démarrage assez lent, et dans le cas de GS Mikami qu'il faut aimer le thème surnaturel :)

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  6. J'ai beaucoup aimé. J'adore cet humour décomplexé, souvent basé sur le comique de répétition et des personnages qui ne peuvent pas être sérieux plus d'un instant. Il est vrai que ça reste assez limité, mais sur un format aussi court, ça passe vraiment tout seul.
    L'animation colorée et trépidante. Associé à des événements qui se superposent les uns aux autres, cela rythme très bien le film (ça passe vite, 1 heure).
    Maintenant, j'ai quand même l'impression d'être passé à côté de pas mal de choses. Le fanservice dans ce type de film a souvent un rôle assez important, et sans connaître la série, ça manque.
    Idem pour le contexte lié à l'urbanisation auquel tu fais référence dans ton billet. Bref, j'ai l'impression qu'on ne garde là qu'une couche assez superficielle.
    Mais je suis d'accord avec toi, en tant que simple divertissement de bonne facture et réjouissant, ce serait dommage de s'en priver.

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  7. Anonyme: inico
    Impossible de sélectionner mon profil Wordpress :/

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